« En français, je suis né. En français, je vivrai. » - par Karine Tremblay
Le débat sur l'affichage bilingue à Moncton au Nouveau-Brunswick me ramène en 2003-2004, au moment où j'ai vécu dans cette province et découvert la réalité des Francophones en milieu minoritaire.
Dans notre quotidien au Québec, nous ignorons souvent le défi pour ces gens de vivre dans la langue de Molière. «Le taux de transmission du français dans les familles où au moins un des deux parents est francophone n'est que de 56 % à Moncton, (selon) Rodrigue Landry, directeur de l'Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques » .
Ces enfants nés d'unions mixtes avec qui j'ai travaillé, comme monitrice de français langue première à l'école Versant-Nord d'Atholville, ont eu de la chance que leurs parents se soucient de leur apprentissage du français. Sans une telle éducation, ils risquaient de ne savoir parler qu'anglais, surtout si cette langue prédominait à la maison. Pourtant, seul un pont nous séparait du Québec, mais la réalité était bien différente d'une rive à l'autre de la rivière Restigouche.
Dans les commerces, j'avais de la difficulté à être servie en français, et ce même si la population de la région était majoritairement francophone. Mon sang de « bleuet » du Lac-Saint-Jean bouillait! Par solidarité pour mes amis acadiens et brayons, j'exigeais un service dans ma langue, alors que pour eux, à l'usure, il devenait plus facile de s'accommoder que de revendiquer.
Un seul club vidéo offrait des films en français - des productions américaines plus ou moins bien doublées pour la plupart - mais heureusement, le nouveau propriétaire du cinéma de Campbellton mettait des films québécois au programme. La survie du français dépend de tels gestes de promotion de la langue et de la culture, ainsi que du travail du Front commun pour l'affichage bilingue et de la Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick, entre autres.
Au Nouveau-Brunswick, un tiers de la population est francophone et il s'agit de la seule province officiellement bilingue au Canada. L'affichage bilingue me semble donc une condition minimale de reconnaissance du français, dans l'esprit du bilinguisme officiel. Toutefois, l'Anglo Society s'y oppose, signe des tensions historiques entre les deux groupes linguistiques.
Que voulez-vous? Difficile de « parler bilingue », comme la tentative de Justin Trudeau l'a bien prouvé!
1- Slogan de la Semaine provinciale de la fierté française en 2003-2004 2- « Le français s'apprend, l'anglais s'attrape., Le Soleil, édition du 2 août 2010
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